L’INATTENDU


FABRICE MELQUIOT

 

PISTES PEDAGOGIQUES PROPOSEES


L’ENONCIATION


                                   



L'Inattendu de Fabrice Melquiot

« un monologue polyphonique à la situation d'énonciation complexe » (extrait)



a/ L'énonciateur


A la lecture de la didascalie initiale, il semble que le dispositif énonciatif de la pièce soit d'une totale simplicité : Liane est l'unique personnage et rien formellement ne viendra contredire cette indication. La parole n'est pas distribuée entre plusieurs personnages, une seule comédienne est nécessaire à la mise en scène de la pièce.



b/ Le destinataire


La recherche du destinataire s'avère un peu plus complexe. En effet, tous les indices d'énonciation suggèrent un autre personnage, bien connu du premier comme le montre l'emploi de la 2ème personne du singulier et le registre de langue utilisé pour s'adresser à lui : le destinataire est donc un être vivant, masculin. Le contexte nous apprend rapidement qu'il s'agit de l'amant noir de Liane. Mais ce second personnage ne répond jamais, aucune didascalie, en ce sens, ne venant avérer sa présence. Liane est là, seule, désespérément seule : « Liane rouspète un peu après toi parce que c’est fatigant l’absence ».


Pourtant certains dialogues laissent la place aux réponses silencieuses de son « partenaire imaginaire ». On peut aisément comprendre que dans l'esprit de Liane, son amant répond, voire relance la conversation.


La mise en scène choisie par Arnaud Beunaiche affirme cette piste en ne cherchant pas à écarter cette difficulté. Ainsi, la présence de l'amant est concrétisée dans l'esprit de Liane par le manteau noir qu'il avait sans doute l'habitude de porter et à qui elle parle. Elle s'adresse aussi à lui en direction d'une chaise vide, omniprésente dans le spectacle pour mieux affirmer l'absence de l'autre. Parle-t-elle alors à un fantôme ? C'est en quelque sorte ce que le jeu de la comédienne suggère. A force de croire à sa présence, Lucilla Sebastiani, la comédienne finit par faire apparaître son amant dans l'esprit du spectateur.


Son amant n'est d'ailleurs pas le seul personnage que Liane fait apparaître sur scène en rapportant des dialogues. C'est ainsi que dans le tableau « Vert Bouteille », elle revit dans une analepse une scène terrible au cours de laquelle un milicien raciste avait agressé son amant noir : l'utilisation du discours direct montre bien qu'elle a besoin de reprendre directement les mots échangés pour revivre la scène. Se replonger dans le passé devient aussi un moyen pour elle de faire revivre son amant.



c/ Le temps de l'énonciation


Si le cadre spatio-temporel de la pièce semble simple, la temporalité du discours de Liane connaît malgré tout quelque élasticité. En effet, Liane par la parole cherche à faire ressurgir son passé, dans lequel elle se réfugie pour tenter désespérément de retourner près de son amant disparu. Les analepses sont par conséquent très fréquentes comme on vient de le voir avec le milicien.

La situation se complexifie encore quand elle tente de se projeter par une étrange prolepse dans un avenir improbable. C'est le cas dans le tableau « Rouge Sang ». Au cours d'un dialogue fictif, son amant semble évoquer un garçon boucher. Mais ce qui est plus original, c'est qu'il ne fait pas référence à un épisode du passé, signifiant ainsi que Liane continue à faire vivre au présent son amant, comme un ami imaginaire ou un esprit.

Ce dialogue n'appartenant pas au passé, il est donc à comprendre comme se déroulant sous nos yeux, au présent. Pourtant, aucune didascalie ne précise l'entrée d'un second comédien...

Et c'est bien elle qui parle, reprenant les paroles du garçon boucher « Il me dit je vous aime »

Liane est-elle seule, chez elle, « là, ici, maintenant »?

Son amant avait-il prévu l'arrivée du garçon boucher, ce qui vient renforcer l'hypothèse d'un esprit omniscient et omnipotent que seule Liane peut voir ? « Un marabout » va-t-elle jusqu'à prétendre, ou bien le dialogue du garçon boucher est-il à situer dans un présent fictionnel, comme une projection que Liane envisage pour voir ce qui se serait passé si une telle rencontre avait eu lieu ?

Nous n'en saurons pas plus sur la réalité de cette rencontre, passée ou dans une temporalité parallèle fictive.



d/ Le lieu de l'énonciation


Le lieu de l'énonciation n'est pas moins complexe : Liane est chez elle, aujourd'hui, comme elle aime à le rappeler sans cesse : « Ici, là, maintenant » : sa maison est située à Greenwood, Cassidy Bayou, non loin d'un fleuve. C'est de là que Liane nous raconte son histoire, ses souvenirs qu'elle situe géographiquement et très précisément.


Avec le tableau « Jaune Sable », la situation est un peu plus ambiguë.

D'abord parce que le « voyage » n'appartient pas au passé, ou plus précisément pas au passé commun avec son amant. Ce voyage est effectué après sa disparition, puisqu'elle retourne sur ce continent dans l'espoir de retrouver sa trace : mais l'emploi du présent d'énonciation signifie-t-il qu'elle est réellement en Afrique au moment où elle le dit ? S'agit-il d'un voyage réel, d'un souvenir de voyage ou du fantasme d'un voyage ?


Le tableau « Terre de Sienne » semble, lui, plus simple : après une dispute avec son amant (mais toujours au cours d'un dialogue imaginaire), Liane décide de quitter son bayou pour visiter le monde. Son amant l'y encouragerait dans l'espoir qu'elle relativise son malheur en le confrontant à celui des autres. L'utilisation du présent d'énonciation laisse supposer que Liane effectue ce périple qui va lui prendre cinq ans. Mais comme pour mieux brouiller les pistes, Melquiot, dans une pirouette, fait dire à Liane : « Pas besoin d'aller loin. »


L'œuvre de Melquiot se termine par un tableau « Blanc ». Blanc peut-être comme la pureté, voire la limpidité retrouvée de la situation d'énonciation : après tous ces périples intérieurs et spatio-temporels, Liane rentre chez elle, enfin. D'une certaine manière, elle réintègre aussi son corps et son esprit. « Je suis bien ici », dit-elle.

C'est l'heure pour elle de faire un choix. Accepter définitivement la mort de son amant et revivre, ou la refuser et errer éternellement dans une temporalité et une spatialité élastiques lui permettant de faire revivre son amant, près d'elle pour toujours, dans une vie d'hallucinations et de folie.


Mais si sa décision de tourner la page semble acquise, Melquiot ne peut s'en empêcher et termine sa pièce par ces mots : Peut-être.


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PUBLIC CONCERNÉ

DE LA 4ÈME À LA TERMINALE


DURÉE DU SPECTACLE

1h10



BORD DE SCÈNE AVEC L’ARTISTE

40 mn



INTERPRÉTATION


Lucilla SEBASTIANI



MISE EN SCÈNE


Arnaud BEUNAICHE



CRÉATION


En 2014



EXPLOITATION À PARIS


Théâtre Douze

Décembre 2014

PISTES PÉDAGOGIQUES

À TÉLÉCHARGER SUR LE SITE


  1. L’énonciation : L’Inattendu de Fabrice Melquiot, un monologue polyphonique à la situation d’énonciation complexe


  1. Le travail du deuil


  1. Racisme et citoyenneté

TARIF :


790 € jusqu’à 100 élèves

puis 7 € par élève supplémentaire


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